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Loom

Méconnu par les joueurs actuels, Loom demeure pourtant l’un des titres les plus émouvants jamais crée. Plus que le jeu, c’est l’univers et les thèmes qui m’ont ici marqué.

Cela dit, le jeu était très visuel et surtout très sonore. Un livre ne semblait pas le support le plus approprié pour rendre hommage à l’œuvre unique de Lucasarts. Ainsi à la base, j’avais plutôt prévu d’en écrire un scénario pour une adaptation au cinéma. Mais il me semblait déjà difficile d’imposer mon projet de livres à la toute puissante Lucasfilm, alors le scénario d’un film…

Indiana Jones & le mystère de l’Atla ntide m’avait donné des ailes. Le défi n’était pas aisé, mais je décidai néanmoins de le relever.

Je le concède, le côté musical n’est sûrement pas ce qui ressort le mieux dans cette adaptation. Pourtant en développant certains thèmes évoqués dans le jeu et en m’attardant d’avantage sur les personnages je pense avoir réussi peut-être le meilleur de mes livres. C’est aussi pour le moment mon dernier.

Maintenant vite ! Que quelqu’un en fasse un film !

Bonne lecture, et n’oubliez jamais de rêver.

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Extrait

Le dragon desserra ses griffes et laissa tomber lourdement Bobbin sur le tas d'or. Le Tisserand amortit sa chute comme il le put mais en perdit sa quenouille sous le choc. Sa vue se troublait. Où était-elle donc passée ?

En se couchant sur sa montagne dorée, le dragon aperçut enfin sa victime. Quelle ne fut pas sa surprise en y voyant un humain tout frêle et non le mouton dont il comptait se régaler !

- Quel idiot ! fit-il en levant son long museau vers le ciel. Comment ai-je fait pour me tromper ? Ca m'apprendra à me dépêcher. Je me disais que ma proie était bien maigre.

Bobbin glissa du nid d'or. Il chuta jusqu'à s'écraser contre la roche noire du volcan. Quel choc de nouveau ! Il se retrouvait assis sur son postérieur. En voyant le dragon le fixer de ses yeux rouges, Bobbin recula se propulsant en arrière à l'aide de ses maigres jambes. Il n'avait pas fait un demi-mètre qu'il se retrouva bloqué contre la paroi du volcan.

- Qu'est-ce que tu es mal élevé ! s'écria le dragon. Arrête de me regarder comme ça !

Bobbin tremblait comme une feuille au vent. Et même s'il valait mieux pour lui retrouver immédiatement sa quenouille magique, il ne pouvait s'empêcher de rester figé devant l'immense bête qui le surplombait.

- Je te fixais ? dit-il d'une voix crispée et faiblarde. Je m'en excuse.

- Ce n'est pas trop grave. l'excusa aimablement le dragon en posant sa tête sur son tas d'or. Je suis de mauvais poil quand j'ai l'estomac creux.

Et voilà : on arrivait à la fin de cette folle histoire.

- Je suppose que tu vas me manger maintenant, fit Bobbin acceptant son sort.

Le dragon redressa la tête comme blessé par de tels propos :

- Tu es bien trop maigre ! Plus de nerfs que de viande. Je n'aime pas vraiment ça. Et excuse-moi mais sauf ton respect, je ne pense pas vraiment que ta chair ait un bon goût.

- Je t'excuse, noble dragon.

La bête émit un bruit que l'on pouvait assimiler à un ricanement.

- « Noble dragon » ! répéta-t-il amusé. C'est bien la première fois que l'on me nomme de la sorte, à ça oui ! D'ordinaire, les gens ont plutôt tendance à m'appeler « Monstre machiavélique », « Envoyé du Malin » ou bien encore « Sale lézard démoniaque » ! Mais que l'on me donne du noble, c'est totalement inédit, je peux te l'assurer ! Ma foi ça n'est pas si désagréable d'entendre une flatterie de temps en temps !

Bobbin se redressa sur ses pieds. Il ne le mangerait peut-être pas, mais il doutait fortement qu'il le laisse quitter les lieux, même après une aussi charmante conversation. Quel sort lui réservait ce monstre ?

- Tu vas m'incinérer, maintenant ? lui proposa stupidement le Tisserand.

Le dragon tira sa langue fourchue comme dégoûté par une telle idée.

- T'incinérer ? fit-il choqué. Vraiment, tu te prends pour qui, mon mignon ? Tu es mal tombé si c'est ça que tu cherches.

Pas spécialement, songea Bobbin en laissant échapper un soupir. Lui qui détestait les flammes et les feux, ça n'était pas ce que l'on pouvait appeler une mauvaise nouvelle.

- Ecoute-moi bien petit, continua le dragon en grattant frénétiquement son aile de sa patte arrière : je n'ai pas fait le coup du feu depuis mes dernières chaleurs. Et ne me demande pas à quand ça remonte !

Ses dernières chaleurs ? C'était donc une femelle ? Si grande ? Si un « mari » existait, Bobbin n'était pas vraiment pressé de le rencontrer. Les Bergers et les Verriers ne semblaient pourtant avoir fait allusion qu'à un seul de ces rares spécimens. Tant mieux : c'était déjà bien assez pour un tout petit Tisserand.

- Ces petites flammes autour de mes narines. ne m'en parles pas ! Sujet trop brûlant pour un vieux reptile !

- Tu ne produis pas de feu ? s'étonna le Tisserand soulagé.

- Non, mon petit. C'est pas mon genre. Entre nous, ça me rend malade.

Bobbin laissa échapper un rire étouffé. Et bien ça alors !

Le Tisserand cherchait toujours sa quenouille des yeux et il la trouva enfin sur le monticule de trésors. Il tenta de la rejoindre en escaladant mais il avait bien du mal à trouver une prise dans les petites pièces d'or. Elles étaient glissantes comme des savonnettes !

Le dragon ne comprenait pas ce que voulait faire Bobbin mais jugea nécessaire de lui donner un coup de « patte ». Elle tendit l'une de ses serres avant vers l'humain tout frêle et le souleva délicatement. Quel formidable tissu ! songea la bête en le déposant un peu plus haut sur ses trésors.

Pendant un moment, Bobbin avait eu bien peur que le dragon ne change d'avis et ne le dévore tout cru. Mais cette femelle semblait plus amicale que son apparence le laissait supposer. Il ne s'en plaignait pas mais commençait à se demander si elle le délivrerait un jour. A quatre pattes, Bobbin filait droit sur sa quenouille. Sans elle, il se sentait vraiment nu.

- Tu dois te demander qui est mon décorateur ? fit le dragon pour faire la causette. En toute modestie, j'ai tout fait moi-même. C'est vraiment peu de chose comparé aux jours passés de ma splendeur.

Peu de chose ? Ce dragon possédait plus de richesses que tout un royaume !

- Un jour, continua-t-elle, j'ai trouvé du cristal comme on en voit plus !

Bobbin glissa une fois encore de quelques mètres vers le bas. Maudit tas d'or mouvant ! Quand tout à coup il réalisa ce que venait de lui dire le dragon femelle : du cristal ? Elle devait parler de Bottleblow le Verrier ! C'est vrai qu'il n'y avait ici que de l'or et aucunement de cristal, de diamant. Bobbin tout en remontant vers sa quenouille continua d'écouter attentivement les paroles rauques de la bête.

- Que s'est-il. Bobbin s'agrippa au manche d'une épée doré et se hissa un mètre plus haut. Que s'est-il passé ?

- Hé bien, comme par hasard, un magicien amateur a essayé de détruire mon volcan. Un tremblement de terre maison ! Tout mon cristal brisé en mille morceaux ! Ce garçon a payé très très cher son audace. Je n'ai réussi à garder qu'un seul objet : une boule de cristal fabuleuse !

Bobbin s'assit un moment pour reprendre son souffle. Elle avait bien parlé d'une boule de cristal ?

- Où est-elle donc cette boule de cristal ? demanda le Tisserand intrigué de connaître à nouveau son avenir.

Le dragon se gratta les écailles de son museau et répondit à son invité forcé :

- Je n'en sais rien. Je l'ai perdue dans la cave sous la montagne et je ne l'ai jamais retrouvée. J'ai bien cherché, mais rien à faire, c'est la vie !

Enfin Bobbin récupéra sa quenouille. Il en rit de complaisance avant de glisser à nouveau jusqu'au niveau du sol. Il s'écrasa sur la pierre comme un vieux sac de patates. Merveilleuse robe que celle tissée par Hetchel ! Avec tous ces accrocs, ces chutes et ces coups elle n'avait pas une égratignure ! Au moins il n'avait pas lâché sa quenouille. Et même s'il avait eu bien du mal à se relever cette fois, Bobbin était bien content de l'avoir à nouveau bien en main.

- Vas-tu me libérer ? demanda le Tisserand au dragon.

Sa réponse ne fut pas celle espérée par Bobbin :

- Hélas, je ne peux pas mon garçon !

Bobbin en fut terrassé.

- Pourquoi ?

- Ma réputation ! Je ne peux pas laisser échapper un humain de mon antre secret ! Imagine que tu rappliques avec un autre de ces magiciens idiots et que tu me fasses tout sauter !

- Je ne dirai rien ! Je te le promets !

Le dragon émit un autre de ses ricanements bien particuliers.

- Je l'aurais juré ! Imagines-tu quelqu'un tentant de fuir m'avouer qu'il reviendrait pour me rôtir les écailles si je le délivrais ?

- Que vas-tu faire de moi, dans ce cas ?

Le dragon se dressa sur ses pattes arrière puis se mit à tourner sur lui-même. Enfin, elle se blottit bien confortablement au sommet de sa montagne et répondit à l'humain capricieux.

- Et bien, je pensais te garder ici comme esclave personnel.

- Esclave personnel ?

- Oui. Tu devras nettoyer cet endroit quand je ne suis pas là, faire briller chacun de ses sous comme s'ils étaient neufs. et, tiens, me flatter comme tu l'as fait précédemment. C'est très bon pour mon ego, ça !

Les forces de Bobbin l'abandonnèrent et il s'écroula lourdement par terre. Quel coup bas ! Il était né esclave des Tisserands, il mourrait esclave d'un dragon capricieux ! Mais au moins, sur l'île du Loom il y avait de grands espaces qui lui permettaient de se promener à sa guise. Mais ici. Non ! Plutôt mourir que d'accepter un pareil destin !

Bobbin repensa à la vision qui lui était apparue dans la boule de cristal. Une grotte en flamme. Et à bien y réfléchir, cette grotte était celle-ci ! Il se souvint y avoir vu un passage. Ce passage, il était sous ce monticule d'or, il pouvait le jurer ! Mais. l'or n'était pas une matière à brûler ? Et à supposer qu'il le soit, comment y mettre le feu ? Ce dragon semblait aussi incendiaire qu'un pompier !

- Je refuse de te servir d'esclave, maudit dragon !

La bête leva les yeux au ciel comme pour y chercher un soutien.

- Et voilà ! Finies les flatteries ! « Maudit dragon » qu'il me dit maintenant ! Tant pis. Je vais donc me faire un petit casse-croûte !

 

 
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