| Extrait
Il
faisait bon ce soir. D'ailleurs, ici sur la Côte d'Azur
il faisait toujours bon. Et ce soir, il ne savait pas pour
quelle raison mais l'atmosphère lui paraissait encore
meilleure que d'habitude. Il sentait qu'il se passerait quelque
chose ce soir... quelque chose de spécial. Les cartes
le lui avaient affirmé : « Vous allez faire une
rencontre mouvementée ce soir »... Pourtant,
il fallait l'admettre, jusqu'à présent c'était
le calme plat. Il aurait même pu emmener avec lui ses
deux chiens Kiki et Fanny.
Alain
Trottier se promenait assez souvent. Il aimait dégourdir
ses jambes vieillissantes de temps à autres. Il adorait
cet éclairage : le Casino de Monté-Carlo n'était
sûrement pas la meilleure chose que comportait la belle
principauté mais c'était un spectacle magnifique.
Il
était fatigué de sa journée : il avait
travaillé si dur depuis une semaine dans sa boutique
d'antiquités. Il avait du refaire toute la décoration
qui commençait tout comme lui à vieillir. Il
fallait qu'il rentre chez lui maintenant, dormir un peu. Peut-être
que cette soi-disant rencontre mouvementée se ferait
sur le chemin du retour... ou bien dans son sommeil.
Trottier
s'éloignait du Casino, et ces deux ombres derrière
lui ne lui disaient rien qui vaille. Il tenta d'accélérer
le pas essayant de les distancer. Mais peut-être ne
le suivaient-ils même pas et, qu'une fois encore, son
imagination prenait le dessus sur la raison. Il se faisait
vieux, pensa-t-il.
Il
tourna dans une petite rue très sombre. L'éclairage
de celle-ci avait entièrement sauté depuis deux
jours et, apparemment la municipalité ne se pressait
pas vraiment pour réparer les dégâts.
Trottier n'était qu'au beau milieu de la rue lorsqu'il
se retourna de nouveau : les deux silhouettes de tout à
l'heure le suivaient encore. Elles lui paraissaient énormes,
les deux hommes devaient être très corpulents.
Mais il ne s'agissait peut-être que d'un effet de lumière.
-
Qui êtes-vous ? leur lança Trottier sur un ton
qui oscillait entre la menace et la peur.
Aucune
réponse.
-
Qu'est-ce que vous voulez ? Répondez enfin !
Ils
ne le firent pas. En revanche, ils se mirent à courir
dans sa direction à toute allure.
-
Non ! cria Trottier fonçant dans la direction opposée.
Trottier
courrait aussi vite que ses jambes et son âge le lui
permettaient ce qui était bien insuffisant. Les pas
derrière lui résonnaient de plus en plus fort
et se rapprochaient. Trottier pouvait sentir le souffle chaud
de l'un de ses poursuivants le long de son cou. Dans quelques
secondes il serait fait comme un rat.
L'un
des deux hommes lui attrapa un bras et le freina violemment,
l'autre l'aidant à le plaquer contre le mur. Trottier
se débattait comme un diable dans un bénitier,
donnant des coups de genoux et de coudes à ses agresseurs.
Pendant que le plus grand immobilisait sa victime le petit
fouillant une poche intérieure en sortait une pierre
ronde.
-
Laissez-ça, sales voleurs ! Rendez-moi ça ou
alors...
L'autre
lui assena un violent coup de poing au visage pour stopper
ses cris. Voyant que son geste était vain il sortit
son pistolet et le pointa sur la tempe de Trottier. Il allait
tirer et l'abattre de sang-froid.
Un
étrange claquement déchira l'air. Une sorte
de lanière s'enroula autours du bras qui tenait le
pistolet. Indy venait de lancer son fouet sur l'homme.
Il
tira sèchement pour désarmer celui-ci qui cria.
Le pistolet alla se perdre dans un des coins les plus obscurs
de la rue. Le gros ne devait même pas être armé
vu qu'il se précipita tête baissée vers
ce maudit trouble-fête. Ce dernier ramena son fouet
et lui bloqua la jambe pour le faire trébucher. Mais
l'homme semblait aussi puissant qu'un buffle et resta sur
ses pieds. Il prit le fouet enroulé à sa jambe
et le tira si violemment qu'Indiana le laissa s'échapper.
Mauvais
ça !
Si
Jones avait eu le bon sens d'apporter son fouet sous son smoking
pour la soirée, il avait préféré
laisser son Webley à l'hôtel. Et lui qui se croyait
prudent et organisé !
Le
buffle le heurta de tout son poids, l'envoyant s'écraser
contre un mur. Il ne sentait plus ses os. Puis le gros commença
à l'étrangler avec son propre fouet. Jones suffoquait
et ses vertèbres étaient prêtes à
lâcher d'un moment à l'autre. Il fallait qu'il
fasse quelque chose tout de suite, sinon il mourrait sans
avoir achevé sa quête...
L'assaillant
plus petit se trouvait juste en face d'Indiana. Il se contentait
de regarder son ami s'occuper de ce touriste trop courageux.
Lorsqu'Indy, avec l'énergie du désespoir, lui
asséna un violent coup de pied à l'estomac celui-ci
sous l'impact, se retrouva au sol après avoir laissé
échapper de ses mains la pierre volée qui atterrit
devant son légitime propriétaire. Trottier la
ramassa sans tarder puis la remit dans sa veste.
Jones
envoya un coup de coude dans le visage du gros qui le lâcha
en titubant vers l'arrière. Indy prit à peine
le temps de reprendre son souffle et se rua de nouveau sur
son adversaire. Il le frappa plusieurs fois au ventre ainsi
qu'au visage. Mais son manque de souffle l'empêcha de
le cogner de toutes ses forces et le gros déjà
bien résistant riposta aussi sec l'envoyant d'un simple
coup de poing à deux mètres de là, derrière
à terre.
Les
deux agresseurs qui venaient de se relever s'approchaient
d'un pas lent vers l'archéologue.
Ils
n'ont pas l'air commode !
-
Achtung, amérikaner ! Achtung ! lança le gros.
Des
Allemands ! C'étaient des satanés Allemands
! Indiana aurait du s'en douter. Et il était prêt
à parier son chapeau et son fouet qu'ils étaient
venus pour Trottier ! Ou plutôt sa pierre.
Indy
tenta de se relever. En vain. Et les deux qui s'approchaient
dangereusement semblaient prêt à le pulvériser.
On ne voyait presque rien dans cette pénombre, pourtant
Indy devinait sans forcer un sourire au coin de leurs lèvres,
un grand sourire sournois.
Il
était perdu, lorsque...
-
Excusez-moi messieurs...
C'était
la voix de Trottier. Le petit se retourna vers le français
:
-
Kesque toi vouloir ? aboya-t-il d'un fort accent allemand.
-
Oh, trois fois rien ! lui répondit-il calmement. J'ai
trouvé ça par terre, je pensais que c'était
à vous...
Il
pointait un objet vers eux, un revolver. Plus précisément
celui que le petit avait lâché quelques instant
plus tôt.
Indiana
ne put s'empêcher de laisser échapper un soupir
de soulagement. Il s'apprêtait à se relever lorsque
les deux le piétinèrent, s'enfuyant à
toute vitesse. Et Trottier ne semblait pas vouloir tirer.
L'archéologue
gisait au sol, et il imaginait mal comment sa situation pouvait
s'améliorer. Où trouverait-il la force de se
relever ? Lorsque le gros lui était passé dessus,
il avait eu l'impression de s'être retrouvé sous
une locomotive. Maintenant il connaissait la sensation que
pouvait éprouver un rail !
Trottier
s'avança et lui tendit la main.
-
C'est un peu tôt pour faire la sieste vous ne trouvez
pas ?
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